Preuve provenant de la Sunna de l’autorisation
Dans le Sahīh de al-Boukhārī, Kharja ibn Zayd rapporte :
« Je me suis vu, nous, les jeunes gens, à l’époque de ‘Othmân (qu’Allāh soit satisfait de lui), et que celui de nous qui avait le plus grand bond, c’était le plus fort d’entre nous, qui bondissait par-dessus la tombe de ‘Othmân ibn Maẓ‘ūn jusqu’à la dépasser. Or, le Prophète (que la prière et le salut d’Allāh soient sur lui) avait posé une pierre sur sa tombe. »
Le fait qu’un jeune homme vigoureux et fort ne puisse bondir par-dessus la tombe, sauf en étant très vaillant, indique clairement que cette tombe était élevée, de grande taille et aux flancs écartés, et cela ne peut se produire si la tombe était composée uniquement de terre, ni exclusivement de la pierre posée dessus, pour les raisons suivantes :
- Ordinairement, il n’est pas possible que beaucoup de terre reste élevée, accumulée au-dessus de la tombe, pendant plus d’un an, ou même moins.
- La terre apportée sur la tombe ne peut atteindre une telle hauteur sans être mélangée à des pierres ou de la terre argileuse, et il est impossible qu’elle demeure ainsi, de l’époque du Prophète (que la prière et le salut d’Allāh soient sur lui) jusqu’à l’époque d’‘Othmân ibn ‘Affān (qu’Allāh soit satisfait de lui), car on voit bien que la terre placée sur la tombe, en général, ne dépasse pas une année avant d’être emportée par le vent, et que la tombe finit par être au ras du sol.
- De même, cela est impossible en ce qui concerne la pierre elle-même posée par le Messager d’Allāh (que la prière et le salut d’Allāh soient sur lui), car bien qu’elle soit grande, elle n’atteint pas une hauteur telle que seul le jeune homme vigoureux puisse en faire le bond.
- En outre, le Prophète (que la prière et le salut d’Allāh soient sur lui) l’a portée de sa propre main noble et l’a posée sur la tombe. Or, s’il avait voulu parler de la pierre, il aurait dit : « le plus fort de nous, qui bondit par-dessus la pierre de la tombe de ‘Othmân ibn Maẓ‘ūn. » Ici, il a dit « la tombe » et non pas la pierre, ce qui indique qu’à l’époque des califes bien guidés (qui ont bien compris la religion), la tombe était construite, et que le fait de poser une marque sur la tombe est une preuve de la permission de la construire.
Raisons pratiques de la construction sur les tombes
Les gens ont été conduits à construire sur les tombes pour les protéger des voleurs, des bêtes sauvages, de l’écoulement de l’eau, et de bien d’autres choses encore.
Les auteurs du madhhab châfi‘ite disent dans Fatḥ al-‘Alām de al-Jurdānī :
« Il est permis de construire sur les tombes, par crainte du voleur et des bêtes sauvages, même avec une sépulture couverte, et il est permis d’y écrire afin de reconnaître le tombeau visité, et c’est pourquoi un testament prévoyant un dôme au-dessus de la tombe de la personne pieuse, et les lieux de repos des personnes pieuses, est valable, et ces lieux ne doivent pas être détruits. »
Concernant la permission de construire sur les tombes sans blâme, voici ce qu’a ordonné al-Baḥīrī, qui est parmi les imâms du châfi‘isme, dans sa note marginale sur le Chârḥ du Khaṭīb sur le texte de Abū Shujā‘ :
« Il est permis de construire sur les tombes, sans aucune répugnance religieuse. »
Et le châfi’ite al-Barmāwī affirme la permission de construire sur les tombes des prophètes, des martyrs, des pieux et de gens semblables à eux.
De même, les hanbalites admettent cela, et selon la doctrine hanafite, la fatwa adoptée est la permission de construire sur les tombes, en considérant qu’il n’y a aucun mal à cela (al-Lubāb, chârḥ al-Kitāb), et ils attribuent cela au livre Tânīr al-Abṣār du cheikh de l’islam hanafite Muhammad ibn ‘Abd Allāh al-Tirmidhī (al-Tamurtaş).
Quant aux malékites, dans le commentaire de l’imām Muhammad ibn Hammūdūn sur le Chârḥ de Mayyāra ibn ‘Āshir, dans le texte al-Qayrawāniyya et ses commentaires, il est dit que la construction sur les tombes est permise si l’on vise par là la distinction (le marquage).
L’imām ar-Raḥmāniyy déclare :
« Il est permis de construire la tombe des pieux, même sous un dôme, pour relancer la visite et la bénédiction (at-tabarrouk). »
L’imām Al-Khallīl, dans son Mukhtaṣar (commentant le fait de construire sur la tombe), dit :
« Il est permis pour la distinction (li-t-tamyīz). »
Al-Kharshī, dans son commentaire de ce texte, explique :
« Si le but de la construction est la protection de la tombe et sa distinction, alors c’est permis, et cela vaut aussi bien que le terrain soit un bien propre, que ce soit un bien commun, ou qu’il s’agisse d’un terrain cimetière, comme on le comprend du propos de al-Lakhmī et d’autres auteurs. »
En effet, la cause de l’interdiction et de l’interdiction de construire sur les tombes, c’est l’intention de la fierté, de la vantardise et de la recherche de la réputation. Or, quand la construction est faite pour la distinction, cette cause disparaît, et le jugement tourne autour de la cause, qu’elle existe ou qu’elle disparaisse.
Ibn Bashīr ajoute :
« Il est interdit de construire les tombes de manière à impliquer la vantardise…
Mais quant à la construction qui ne rentre pas dans le cadre de la vantardise,
- si le but est de distinguer l’emplacement pour qu’il soit isolé par sa protection, alors c’est permis,
- et si le but est de distinguer la tombe par rapport aux autres, Abū al-Ḥasan rapporte, dans le madhhab, deux opinions :
- la répugnance (karāha), parce qu’elle repose sur l’énoncé général du Moudawwana,
- et la permission, dans ce qui est autre que le Moudawwana.
Et il est probable que, dès que le but visé est la distinction de la tombe par rapport aux autres, il n’y a pas de répugnance, et que cette répugnance n’est évoquée dans le Moudawwana que pour la construction qui n’a pas pour but de l’être une marque (signe).
Autrement, comment pourrait-on blâmer ce qui permet à l’homme de reconnaître la tombe de son proche, de distinguer le tombeau de façon qu’il soit honoré, et qu’on n’y creuse pas dessus s’il fallait un autre tombeau ? »
la hauteur de la tombe selon la tradition
Le plus grand argument en faveur de l’élévation des tombes, c’est que, selon leur propre interprétation, « la tombe » ne doit dépasser qu’un empan. Or, s’ils avaient pris le hadith à la lettre (« ne dépasse pas la tombe d’un empan »), ils auraient nivelé les tombes, et ce serait en contradiction avec d’autres hadiths parlant du « Tassnīm », et de l’élévation à la fois considérable et légère. [Note : le hadith dit « Rasoullahu salallahu alayhi wa sallama »]
Mais la solution proposée par les savants est de considérer la parole « sawwāytuhā » (je l’ai nivelée) comme une interprétation de « qabra mushrifan illā sawwāytuhā », c’est-à-dire que cela signifie : « je l’ai redressée », « je l’ai mise droite », comme l’expression du Coran :
« alâ idhā sawaytuhu wa nafakhtu fīhi min rūhī » (quand je l’aurai remanié, et que j’y aurai insufflé de Mon esprit) [ḥadīth]
Ainsi, le sens du hadith serait :
« J’ai redressé la tombe élevée, en en faisant une tombe plane. »
L’imām an-Nawawī dit :
« La réponse, c’est ce à quoi ont répondu nos compagnons : il n’a pas voulu par là l’égaliser au niveau du sol, mais il a voulu l’aplatir, c’est-à-dire aplanir son élévation, afin de concilier les divers hadiths. »
Bachir El Mahmoud
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La permission de l’élévation des tombes — Récapitulatif
1. La preuve de la Sunna
| Élément | Détail |
|---|---|
| Hadith | Kharja ibn Zayd rapporte que les jeunes à l’époque de ʿUthmān bondissaient par-dessus la tombe de ʿUthmān ibn Maẓʿūn, et que le Prophète ﷺ avait posé une pierre dessus. |
| Déduction | Le fait qu’un jeune vigoureux peine à bondir par-dessus prouve que la tombe était élevée et de grande taille. |
| Argument 1 | La terre seule ne peut rester élevée plus d’un an, elle finit emportée par le vent. |
| Argument 2 | La pierre seule, même grande, n’atteint pas une hauteur nécessitant un bond vigoureux. |
| Argument 3 | Le narrateur dit « la tombe » et non « la pierre de la tombe », ce qui indique une construction. |
| Conclusion | À l’époque des califes bien guidés, la tombe était construite, et le marquage est une preuve de la permission de construire. |
2. Les positions des quatre madhhabs
| Madhhab | Savant / Source | Position |
|---|---|---|
| Chaféite | al-Jurdānī (Fatḥ al-ʿAlām) | Permis de construire par crainte du vol, des bêtes sauvages ; permis d’y écrire pour la reconnaissance ; le testament prévoyant un dôme sur la tombe d’un pieux est valable. |
| Chaféite | al-Baḥīrī | Permis de construire sans aucune répugnance religieuse. |
| Chaféite | al-Barmāwī | Permis de construire sur les tombes des prophètes, martyrs et pieux. |
| Hanbalite | — | Admettent la construction sur les tombes. |
| Hanafite | al-Lubāb / al-Tamurtashī (Tanwīr al-Abṣār) | La fatwa adoptée est la permission, sans aucun mal. |
| Malikite | Ibn Ḥammūdūn / Mayyāra / al-Qayrawāniyya | Permis si le but est la distinction (le marquage). |
| Malikite | al-Raḥmānī | Permis de construire sur la tombe des pieux, même sous un dôme, pour la visite et le tabarruk. |
| Malikite | al-Khalīl (Mukhtaṣar) | Permis pour la distinction (li-t-tamyīz). |
| Malikite | al-Kharshī | Permis si le but est la protection et la distinction, que le terrain soit privé, commun ou cimetière. |
| Malikite | Ibn Bashīr | Interdit si vantardise ; permis si le but est la distinction ou la protection. |
3. La règle juridique sous-jacente
| Principe | Explication |
|---|---|
| Cause de l’interdiction | La fierté, la vantardise et la recherche de la réputation. |
| Cause de la permission | La distinction, la protection, la reconnaissance de la tombe. |
| Règle | Le jugement tourne autour de la cause : quand la cause de l’interdiction disparaît, l’interdiction disparaît aussi. |
4. La hauteur de la tombe selon la tradition
| Question | Réponse |
|---|---|
| Le hadith « sawwāytuhā » | Ne signifie pas « niveler au ras du sol » mais « redresser » et « aplanir », comme dans le Coran : « idhā sawwaytuhu » (quand je l’aurai remanié). |
| Sens correct | « J’ai redressé la tombe élevée en en faisant une tombe plane » — c’est-à-dire en supprimant l’excès d’élévation, pas en la rasant. |
| al-Nawawī | « Il n’a pas voulu l’égaliser au sol, mais l’aplatir, c’est-à-dire aplanir son élévation, afin de concilier les divers hadiths. » |