Ceux qui interdisent de cesser de manger quelques minutes avant l’aube justifient cela par l’application de la sunna consistant à retarder le suḥūr.
Je réponds : la sunna de retarder le suḥūr se réalise durant le dernier tiers de la nuit, soit environ deux heures avant l’aube. Ainsi, la sunna du retard est accomplie jusqu’à une demi-heure avant l’aube, voire jusqu’à près de deux heures avant celle-ci. Et plus on retarde, mieux c’est.
Cependant, dans les minutes proches de l’aube, il peut y avoir un conflit entre la précaution liée à la sunna du retard du suḥūr et la précaution liée à l’obligation, à savoir s’abstenir (imsāk) par crainte de l’entrée de l’aube, en raison du désaccord existant quant à son heure exacte. Or la précaution concernant une obligation prime sur la précaution concernant une sunna.
De plus, la sunna peut être réalisée bien avant ces quelques minutes.
Pour ceux que cela intéresse, voici quelques textes de juristes des quatre écoles allant dans ce sens :
« Deuxièmement : retarder le suḥūr tout en s’assurant avec certitude qu’il reste encore une partie de la nuit. Il y avait entre le suḥūr du Messager d’Allah ﷺ et la prière du ṣubḥ l’équivalent de la lecture de cinquante versets. »
(Al-Wasīṭ fī al-Madhhab)
Ahmad a dit : « J’aime retarder le suḥūr », en raison du hadith rapporté par Zayd ibn Thābit :
« Nous avons pris le suḥūr avec le Messager d’Allah ﷺ, puis nous nous sommes levés pour la prière. »
On lui demanda : « Combien de temps y avait-il entre les deux ? »
Il répondit : « L’équivalent de cinquante versets. »
(Hadith unanimement authentique)
Mālik a jugé détestable pour celui qui doute de l’aube de manger.
Dans un autre texte :
« Le degré le plus parfait du retard consiste à laisser entre la fin du repas et l’aube le temps de lire cinquante versets. »
Il est précisé qu’il s’agit probablement d’un lecteur récitant posément.
Et il est mentionné que le moment où commence le retard du suḥūr débute dès la seconde moitié de la nuit, et plus il est tard, mieux c’est.
Il est également mentionné qu’il est déconseillé de retarder le suḥūr jusqu’à un moment où il y aurait un doute.
Ibn ʿAqīl a mentionné que si une personne craint l’apparition de l’aube, elle doit s’abstenir durant une partie de la nuit afin d’être certaine d’avoir jeûné toute la journée.
An-Nawawī a dit :
« Le temps du suḥūr s’étend de la moitié de la nuit jusqu’à l’apparition de l’aube. »
Il est rapporté dans Ṣaḥīḥ al-Bukhārī :
Zayd ibn Thābit رضي الله عنه a dit :
« Nous avons pris le suḥūr avec le Prophète ﷺ, puis il s’est levé pour la prière. »
On demanda : « Combien y avait-il entre le suḥūr et l’adhān ? »
Il répondit : « L’équivalent de la lecture de cinquante versets. »
Dans une autre version :
« Combien de temps s’est écoulé entre la fin de leur suḥūr et le début de la prière ? »
Il répondit : « L’équivalent de cinquante versets. »
Il est précisé que cela correspond au temps pendant lequel il cessait de manger avant l’adhān.
Ainsi, celui qui cesse de boire, de manger et de consommer tout ce qui rompt le jeûne avant l’adhān de l’aube d’une durée équivalente à la lecture d’environ cinquante versets — ni longs ni courts, avec une lecture ni rapide ni lente — ce qui peut être estimé entre dix minutes et un tiers d’heure, aura agi conformément à ce que faisait le Messager d’Allah ﷺ.
Le hadith relatif à l’abstention avant l’adhān du fajr est rapporté dans Ṣaḥīḥ al-Bukhārī à plusieurs endroits, notamment :
– Une version rapportée par Anas ibn Mālik,
– Une autre par Anas d’après Zayd ibn Thābit.
Les deux versions s’expliquent mutuellement :
L’expression « entrer dans la prière » signifie entrer dans son temps, lequel commence par l’adhān.
Et « le suḥūr » signifie la fin du repas.
Dans les deux récits, la réponse est :
« L’équivalent de cinquante versets. »
Ainsi, il apparaît que le Prophète ﷺ cessait de manger avant l’adhān d’un temps équivalent à la lecture de cinquante versets, soit environ entre dix minutes et trente minutes.
Et Allah est plus savant.
Transmis depuis la page du cheikh Barā’ ʿAbd al-Malik as-Saʿdī