Synthèse de la fatwa du Conseil européen et de sa discussion
Le chercheur Dr Walid bin Salah al-Din al-Zir a évoqué la fatwa controversée émise par le Conseil européen pour la fatwa et la recherche, qui autorise les musulmans résidant en Occident à contracter des emprunts à intérêt (riba) pour l’achat de logements d’habitation.
Arguments du Conseil :
- Le logement constitue un besoin fondamental.
- Les nécessités absolues rendent licites les choses interdites, et le besoin peut être assimilé à une nécessité absolue.
- Le Conseil s’appuie sur le fait qu’Allah a fait des maisons un lieu de repos (Coran, An-Nahl : 80), que le Prophète ﷺ a considéré le bon logement comme l’un des éléments du bonheur, et que les juristes n’ont pas rendu obligatoire la zakat sur la maison dans laquelle vit son propriétaire.
Le principal point de désaccord : Le chercheur s’est concentré sur la condition du caractère spécifique du besoin (taʿayyun al-ḥāja). Les opposants à la fatwa ont objecté que le besoin de logement peut être satisfait par la location, et qu’il ne se limite pas nécessairement à l’acquisition par un prêt à intérêt. Le Conseil a répondu que la location ne garantit pas la stabilité, surtout en cas d’augmentation du nombre de personnes à charge ou de perte de revenus, et que les mensualités versées à la banque sont souvent inférieures au loyer payé pendant de longues années, à l’issue desquelles le locataire est expulsé sans rien posséder.
Réponse des opposants :
- Les avantages de la propriété évoqués par le Conseil relèvent des améliorations (taḥsīniyyāt) et non des besoins essentiels (ḥājiyyāt).
- Si l’on ouvrait cette porte, tout le monde pourrait invoquer un « besoin » pour justifier un emprunt à intérêt (agriculteur, commerçant, médecin…).
- Même si un besoin existe, il reste individuel et non général. Les musulmans en Occident peuvent, ensemble, créer des alternatives (banques islamiques, coopératives de logement).
Position du Conseil : Le Conseil n’a pas rendu la fatwa de manière absolue. Il l’a entourée de nombreuses restrictions et a appelé à la recherche de solutions alternatives. Il s’est également appuyé sur l’avis d’Abou Hanifa autorisant le riba en « terre de guerre », tout en le limitant au cas de besoin.
Avis final du chercheur : Le Dr Walid al-Zir estime que les conditions requises pour que le besoin prenne le statut de nécessité absolue ne sont pas réunies dans cette affaire. Ce que le Conseil a avancé ne justifie pas l’autorisation. Par conséquent, il faut affirmer avec certitude l’interdiction du prêt à intérêt pour l’achat d’un logement, et Allah est le plus savant.