Fiqh

Chapitre IV : La description du tayammum

Imad 1 avril 2026 6 min de lecture
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Bidāyat al-Mujtahid wa Nihāyat al-Muqtaṣid d’Ibn Rushd

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Trois questions fondamentales se rattachent à la description de cette purification.


Première question : Jusqu’où essuyer les mains ?

Les juristes ont divergé sur la limite des mains qu’Allah a ordonné d’essuyer dans le tayammum, dans Sa parole : {فَامْسَحُوا بِوُجُوهِكُمْ وَأَيْدِيكُمْ مِنْهُ} — « Essuyez-vous le visage et les mains avec » (al-Māʾida, 6). On recense quatre avis :

Premier avis : la limite obligatoire est la même que dans les ablutions, c’est-à-dire jusqu’aux coudes. C’est l’avis le plus connu du madhhab (malikite) et celui des grands juristes des métropoles.

Deuxième avis : l’obligation se limite aux paumes des mains uniquement. C’est l’avis des Ẓāhirites et des Ahl al-Ḥadīth.

Troisième avis : l’essuyage jusqu’aux coudes est recommandé (mustaḥabb), tandis que l’obligation ne porte que sur les paumes. C’est un avis rapporté de Mālik.

Quatrième avis : l’obligation s’étend jusqu’aux épaules. C’est un avis isolé (shādhdh), rapporté d’al-Zuhrī et de Muḥammad ibn Maslama.

Pourquoi cette divergence ?

La cause première est l’ambiguïté du mot « main » (يد) dans la langue arabe. En effet, ce terme s’emploie selon trois acceptions : la paume seule — et c’est l’usage le plus courant —, la paume avec l’avant-bras, ou la paume avec l’avant-bras et le bras entier.

La cause seconde est la contradiction apparente entre les traditions prophétiques. Le hadith authentique de ʿAmmār dit, dans ses voies les plus solides : « Il te suffit de frapper de tes mains, puis de souffler dessus, puis d’essuyer ton visage et tes paumes. » Mais dans certaines de ses voies, il est rapporté que le Prophète ﷺ lui a dit : « … et que tu essuies tes mains jusqu’aux coudes. » Il est aussi rapporté d’Ibn ʿUmar que le Prophète ﷺ a dit : « Le tayammum consiste en deux frappes : une pour le visage et une pour les mains jusqu’aux coudes. » Des versions similaires sont rapportées par la voie d’Ibn ʿAbbās et d’autres.

La majorité a donc préféré ces hadiths au hadith authentique de ʿAmmār, en s’appuyant sur l’analogie du tayammum avec les ablutions. C’est cette même analogie qui les a amenés à détourner le mot « main » de son sens le plus évident — la paume — vers le sens de paume et avant-bras.

Quant à celui qui prétend que le terme désigne les deux sens de manière égale, sans que l’un soit plus apparent que l’autre, il se trompe. Car même si « main » est un terme polysémique, il est employé au sens propre pour désigner la paume, et au sens figuré pour ce qui est au-delà. Or tout terme polysémique n’est pas nécessairement ambigu (mujmal) : seul l’est celui qui a été établi dès l’origine comme polysémique.

C’est pourquoi les juristes ont dit qu’on ne peut pas tirer argument d’un tel terme. Aussi, ce que nous disons, c’est que l’avis correct est que l’obligation ne porte que sur les paumes. En effet, soit le mot « main » est plus apparent dans le sens de paume que dans les autres sens — et dans ce cas, il faut s’en tenir au hadith authentique —, soit il désigne tous les sens de manière égale — et là encore, on ne peut s’en détourner sans preuve solide.

Faire prévaloir ici l’analogie sur le hadith authentique n’a pas de sens, pas plus que de renforcer par l’analogie des hadiths dont l’authenticité n’est pas encore établie. La position sur cette question est donc claire à la lumière du Livre et de la Sunna — qu’on y médite.

Quant à ceux qui ont étendu l’essuyage jusqu’aux aisselles, ils se sont appuyés sur une version du hadith de ʿAmmār où il dit : « Nous avons fait le tayammum avec le Messager d’Allah ﷺ et nous avons essuyé nos visages et nos mains jusqu’aux épaules. »

Ceux qui ont porté ces hadiths sur la recommandation et le hadith de ʿAmmār sur l’obligation ont adopté une position judicieuse, puisque la conciliation entre les preuves est préférable à l’élimination de l’une d’elles selon les spécialistes du raisonnement juridique — à condition toutefois que ces hadiths soient authentiques.


Deuxième question : Le nombre de frappes sur le sol

Les savants ont divergé sur le nombre de frappes sur le sol pour le tayammum. Certains ont dit une seule frappe, d’autres deux. Parmi ceux qui ont dit deux, la majorité — c’est-à-dire Mālik, al-Shāfiʿī et Abū Ḥanīfa — a dit : une frappe pour le visage et une frappe pour les mains.

D’autres ont dit : deux frappes pour chacun, soit deux pour les mains et deux pour le visage.

La cause de leur divergence est que le verset est global sur ce point, que les hadiths sont contradictoires, et que l’analogie du tayammum avec les ablutions dans tous ses aspects ne fait pas l’unanimité. Le hadith authentique de ʿAmmār ne mentionne qu’une seule frappe pour le visage et les paumes ensemble, mais d’autres hadiths mentionnent deux frappes. La majorité a préféré ces derniers hadiths en raison de l’analogie avec les ablutions.


Troisième question : Faut-il faire parvenir la terre sur les membres ?

Al-Shāfiʿī a divergé de Mālik, d’Abū Ḥanīfa et d’autres sur l’obligation de faire parvenir la terre (turāb) sur les membres du tayammum. Abū Ḥanīfa et Mālik n’ont pas jugé cela obligatoire, tandis qu’al-Shāfiʿī l’a jugé obligatoire.

La cause de leur divergence est la polysémie de la particule « مِنْ » (min) dans la parole d’Allah : {فَامْسَحُوا بِوُجُوهِكُمْ وَأَيْدِيكُمْ مِنْهُ} — « Essuyez-vous le visage et les mains avec » (al-Māʾida, 6). Cette particule peut exprimer la partition (tabʿīḍ) ou la spécification du genre (tamyīz al-jins). Celui qui l’a interprétée comme partitive a imposé le transfert de terre sur les membres.

Celui qui l’a interprétée comme spécifiant le genre a dit que ce transfert n’est pas obligatoire. Al-Shāfiʿī a préféré le sens partitif en s’appuyant sur l’analogie avec les ablutions, mais le hadith de ʿAmmār cité précédemment s’oppose à lui, car il y est dit : « puis tu souffles dessus », et le Messager d’Allah ﷺ a fait le tayammum contre un mur.

Il convient de savoir que la divergence sur l’obligation de l’ordre séquentiel (tartīb) dans le tayammum et sur l’obligation de l’enchaînement immédiat (fawr) est exactement la même que leur divergence à ce sujet dans les ablutions, et les causes du désaccord y sont identiques — il n’y a donc pas lieu de les répéter.

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