Al-Nafrâwî, mort en 1120 de l’Hégire, a dit dans Al-Fawâkih ad-Dawânî (2/356) :
« Aujourd’hui, les musulmans sont d’accord sur le fait qu’il faut suivre l’un des quatre imams : Abû Hanîfa, Mâlik, Ash-Shâfi‘î et Ahmad ibn Hanbal — qu’Allah les agrée — et qu’il n’est pas permis de sortir de leurs écoles.
Il a seulement été interdit de suivre d’autres savants parmi les grands juristes indépendants — même si tous étaient dans la bonne voie — parce que leurs écoles n’ont pas été conservées : leurs élèves sont morts et leurs avis n’ont pas été suffisamment mis par écrit. »
Et il a dit dans Marâqî as-Su‘ûd :
« Aujourd’hui, ce sur quoi il y a accord, ce sont les quatre écoles,
et suivre autre qu’elles, tout le monde l’a interdit. »
On lit dans Mawâhib al-Jalîl de Al-Hattâb (1/30) :
Al-Qarâfî a dit :
« J’ai vu du cheikh Taqî ad-Dîn Ibn As-Salâh une parole dont le sens est que le suivi se limite à ces quatre imams, à l’exclusion des autres, parce que leurs écoles se sont répandues et ont été largement développées.
À tel point que l’on y trouve ce qui restreint une parole générale, ce qui précise une parole globale, et les conditions liées à leurs avis juridiques. Ainsi, lorsqu’ils donnent un jugement de manière générale, on trouve ailleurs ce qui le complète.
Quant aux autres, leurs fatwas sont transmises de manière isolée. Il se peut pourtant qu’elles aient eu un complément, une restriction ou une précision qui serait apparue si toutes leurs paroles avaient été bien conservées.
Donc, les suivre ne se fait pas avec la même certitude, contrairement à ces quatre imams. »
L’imam Al-Juwaynî a dit dans Al-Burhân (2/744) :
« Les savants de référence sont unanimes sur le fait que les gens du commun ne doivent pas s’attacher directement aux avis particuliers des grands Compagnons — qu’Allah les agrée — mais qu’ils doivent suivre les écoles des imams qui ont étudié les questions en profondeur, réfléchi, organisé les chapitres, exposé les différents cas juridiques et parlé des avis des premiers savants.
La raison est que les premiers, même s’ils étaient des modèles dans la religion et des exemples pour les musulmans, ne se sont pas occupés de structurer les méthodes d’ijtihâd, d’expliquer clairement les voies de raisonnement et de débat, ni de mettre leurs paroles en ordre.
Ceux qui sont venus après eux parmi les imams du fiqh ont fait ce travail d’examen des avis des Compagnons. C’est donc pour cela que la personne ordinaire doit suivre les écoles de ces imams spécialistes.
Ibn Nujaym a dit dans Al-Ashbâh wa An-Nazâ’ir (1/131) :
« Ce qui contredit les quatre imams contredit le consensus, même s’il existe un avis différent chez d’autres qu’eux.
Il a en effet été clairement dit dans At-Tahrîr que le consensus s’est établi sur le fait de ne pas appliquer une école qui s’oppose aux quatre, en raison de la rigueur de leurs écoles, de leur diffusion et du grand nombre de leurs adeptes. »
On lit dans Al-Furû‘ d’Ibn Muflih (6/374) :
« Dans Al-Ifsâh, il est dit que le consensus s’est établi sur le fait de suivre chacune des quatre écoles, et que la vérité ne sort pas de leurs avis.
Et il est aussi mentionné dans Al-‘Âdilah qu’il faut s’attacher à une école déterminée, tout en pouvant en changer. »
Et Az-Zarkashî a dit dans Al-Bahr al-Muhît (8/240) :
« Il y a eu accord parmi les musulmans sur le fait que la vérité est limitée à ces écoles. Dès lors, il n’est pas permis d’agir selon une autre qu’elles. »
On lit dans At-Tamhîd fî Takhrîj al-Furû‘ ‘alâ al-Usûl de Al-Asnawî (1/527) :
« Ibn As-Salâh a mentionné, en résumé, qu’à notre époque il faut suivre les quatre imams à l’exclusion des autres.
Il a dit : parce que leurs écoles se sont répandues, et que l’on connaît ce qui restreint leurs paroles générales, ce qui précise leurs textes généraux, ainsi que les conditions liées à leurs différentes branches juridiques, contrairement aux écoles de tous les autres. »
Ibn ‘Allân As-Siddîqî a dit dans son commentaire de Riyâd As-Sâlihîn, intitulé Dalîl Al-Fâlihîn (1/415) :
« Quant à notre époque, certains de nos imams ont dit qu’il n’est pas permis de suivre en taqlîd autre que les quatre imams : Ash-Shâfi‘î, Mâlik, Abû Hanîfa et Ahmad.
Cela parce que leurs écoles sont connues, leurs jugements se sont stabilisés, et leurs disciples les ont servies et précisées point par point, branche par branche, jugement par jugement.
Il est donc rare de trouver une question sans qu’il existe chez eux un texte, de manière générale ou détaillée.
Contrairement aux autres, leurs écoles n’ont pas été autant organisées ni mises par écrit. On ne connaît donc pas les règles sur lesquelles leurs jugements doivent être construits.
Il n’a donc pas été permis de les suivre dans ce qui a été rapporté d’eux, car il se peut que cela dépende d’autres conditions qu’ils ont laissées à comprendre à partir de leurs principes.
La confiance a donc diminué dans le fait que ce qui a été transmis d’eux soit dépourvu de restriction ou de condition. C’est pourquoi il n’a alors pas été permis de les suivre en taqlîd. »
L’érudit Ibn Hajar Al-Haytamî a dit dans Al-Fatâwâ Al-Fiqhiyyah Al-Kubrâ (4/325) :
« Ce qui a été établi, c’est qu’il n’est pas permis de suivre un autre que les quatre imams — qu’Allah les agrée — dans la fatwa ni dans le jugement.
En revanche, dans la pratique personnelle de l’individu pour lui-même, il est permis de suivre un autre que les quatre parmi ceux qu’il est permis de suivre, contrairement aux chiites et à certains zâhirites.
Mais cela à condition de connaître l’école de l’imam suivi par une transmission fiable venant d’une personne digne de confiance, ainsi que les détails de cette question ou des questions dans lesquelles on le suit, et ce qui s’y rattache selon l’école de cet imam.
Et à condition aussi de ne pas faire de talfîq, s’il veut y ajouter, en tout ou en partie, le suivi d’un autre imam. »
Ibn Rajab a dit dans son livre Ar-Radd ‘alâ man ittaba‘a ghayr al-madhâhib al-arba‘ah, p. 13 :
« Si quelqu’un dit : nous admettons qu’il est interdit au commun des gens de suivre la voie de l’ijtihâd, car cela mène à de très grands désordres, mais nous n’acceptons pas qu’il soit interdit de suivre un imam reconnu parmi les autres imams mujtahidîn en dehors de ces imams célèbres,
on lui répond : nous avons déjà expliqué la raison de cette interdiction, qui est que les écoles des autres que ceux-là ne se sont ni répandues ni stabilisées.
Il se peut donc qu’on leur attribue des paroles qu’ils n’ont pas dites, ou qu’on comprenne d’eux ce qu’ils n’ont pas voulu dire.
Et il n’existe pas, pour leurs écoles, des savants qui les défendent et qui signalent les erreurs ou les manques qui peuvent s’y trouver, contrairement à ces écoles connues.
Et si l’on dit : que dites-vous d’une école d’un autre imam dont l’école aurait été mise par écrit, bien réglée et préservée comme celles de ces imams ?
On répond : d’abord, on ne connaît pas cela aujourd’hui.
Et même si on supposait que cela existe aujourd’hui, et qu’on admette qu’il soit permis de la suivre et de s’y rattacher, cela ne serait permis qu’à celui qui affiche clairement son rattachement à cet imam, donne des fatwas selon son avis et défend son école. »
Al-Mardâwî a dit dans At-Tahbîr (1/128) :
« L’islam et les musulmans se sont appuyés sur ces imams et sur leurs disciples.
Leurs écoles, leurs paroles et leurs avis ont été bien conservés, bien organisés et transmis sans doute à ce sujet.
Contrairement aux écoles des autres imams, même s’ils sont eux aussi des imams reconnus, leurs écoles n’ont pas été conservées de manière complète.
Et même si une partie en a été authentiquement transmise, cela reste peu et ne suffit pas.
Cela est dû au manque de disciples pour les préserver. »
Et Ibn Taymiyya a dit, comme cela est rapporté dans Al-Mustadrak ‘alâ Majmû‘ al-Fatâwâ (2/250) :
« Quant à celui qui dit : “Je ne me limite à aucun de ces quatre imams” :
s’il veut dire par là qu’il ne s’attache pas à un seul imam en particulier à l’exclusion des autres, alors il a bien parlé ; c’est même l’avis correct parmi les deux avis.
Mais s’il veut dire : “Je ne me limite à aucun d’eux tous, et je les contredis”, alors il se trompe le plus souvent, de façon certaine, car la vérité ne sort pas de ces quatre écoles dans la majeure partie de la religion. »