Nous demandons à nos frères salafis : y a-t-il, dans le Livre ou dans la Sunna, un ordre EXPLICITE de suivre la compréhension des salaf ?
Allah a ordonné de renvoyer ce sur quoi il y a divergence à Allah et à Son Messager, et à nul autre. Il dit : {فَإِنْ تَنَازَعْتُمْ فِي شَيْءٍ فَرُدُّوهُ إِلَى اللَّهِ وَالرَّسُولِ}
Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit (ou : si vous divergez sur une chose), renvoyez-la (ou : rapportez-la) à Allah et au Messager,
(Sourate an-Nisāʾ, ) Si la compréhension du Livre et de la Sunna était impossible pour autre que les salaf, alors cet ordre n’aurait aucun sens.
Et la parole d’Allah : {وَلَقَدْ يَسَّرْنَا الْقُرْآنَ لِلذِّكْرِ فَهَلْ مِنْ مُدَّكِرٍ}
Et vraiment, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation (ou : pour le rappel, pour l’édification, pour le souvenir). Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir (ou : pour en tirer leçon, pour se souvenir) ?
(Sourate al-Qamar, ) ne serait pas véridique. Car si le Coran ne pouvait être compris qu’à travers les salaf, il ne serait pas « facilité », ce qui contredirait le verset. Ainsi, selon l’auteur, ce verset indique que la compréhension des salaf n’est pas en soi une preuve contraignante. Cela est appuyé par ce que rapporte al-Bukhârî avec sa chaîne de transmission : ‘Alî — qu’Allah soit satisfait de lui — fut interrogé : « Possédez-vous quelque chose qui ne se trouve pas dans le Coran ? »
Il répondit : « Par Celui qui fend la graine et crée l’âme, nous ne possédons rien en dehors de ce qui est dans le Coran, sauf une compréhension qu’Allah accorde à un homme concernant Son Livre, et ce qui se trouve dans ce feuillet. » On lui demanda : « Et qu’y a-t-il dans ce feuillet ? » Il répondit : « Le prix du sang (la compensation légale), la libération du prisonnier, et le fait qu’un musulman ne soit pas exécuté pour un mécréant. »
Dans une autre version rapportée par al-Bukhârî (n°109) : « Non, si ce n’est le Livre d’Allah, ou une compréhension qu’Allah accorde à un homme musulman. » Et dans une version rapportée par an-Nasâ’î : « … si ce n’est qu’Allah accorde à un serviteur une compréhension de Son Livre. » Il n’a pas dit : « … une compréhension accordée aux salaf », mais il a dit : « une compréhension accordée à un homme musulman », montrant ainsi que la compréhension du Livre et de la Sunna n’est pas réservée exclusivement aux salaf.
La comprehensions des pieux predecceseurs ? à quel moment devons-nous suivre la compréhension des salaf ? Est-ce lorsqu’ils sont unanimes sur une compréhension donnée, ou lorsqu’ils divergent ? S’ils sont unanimes sur une compréhension, alors leur compréhension fait autorité — mais non pas parce que c’est la compréhension des salaf en soi, plutôt parce qu’il s’agit d’un consensus (ijmâ‘), et le consensus est une preuve, qu’il provienne des salaf ou de ceux qui sont venus après eux.
En revanche, s’ils divergent sur une compréhension en deux avis ou plus, comment pourrions-nous suivre leur compréhension ? Cela n’est pas possible en cas de divergence, comme cela est évident. Cela ne peut se faire qu’en suivant l’un de leurs avis.
C’est d’ailleurs ce qu’a fait la majorité de la communauté en adoptant les quatre écoles juridiques : les adeptes de chaque école ont suivi la compréhension de l’imam de leur école, qui faisait lui-même partie des salaf.
Votre affirmation selon laquelle la compréhension du Coran dépend exclusivement de la compréhension des salaf implique que les termes du Coran ne procurent jamais, en eux-mêmes, une certitude. Ils ne procureraient une certitude qu’à condition d’être compris selon l’interprétation des salaf. Cela revient à annuler la valeur du Coran et de la Sunna sans la compréhension des salaf.
De la même manière qu’une prière sans purification n’a aucune valeur, quelle serait alors la valeur du Coran sans la compréhension des salaf ? Une telle position est, selon l’auteur, d’une extrême gravité et d’une grande faiblesse.
selon la compréhension des salafs ? c’est réel ? Si la compréhension des salaf et leur interprétation des textes faisaient autorité en tant que preuve, ils ne se seraient pas contredits les uns les autres dans l’exégèse du Livre et de la Sunna. Or, ils se sont contredits dans de nombreux cas. Il est même arrivé que certains réfutent l’interprétation d’autres.
De plus, si leur compréhension faisait autorité, il aurait fallu voir les tâbi‘în (successeurs) argumenter en s’appuyant sur l’exégèse des Compagnons — qu’Allah soit satisfait d’eux — et voir les successeurs des tâbi‘în argumenter en s’appuyant sur l’exégèse des tâbi‘în, et ainsi de suite. Car chaque génération est « salaf » pour celle qui la suit. Pourtant, cela ne s’est pas produit ; au contraire, ce qui est établi montre l’inverse. Les ouvrages de tafsîr sont remplis d’avis divergents des salaf dans l’interprétation du Coran.
Par exemple, Ibn ‘Abbâs interprète un verset d’une manière qui diffère de celle d’autres Compagnons comme Ibn Mas‘ûd ou ‘Â’isha — qu’Allah soit satisfait d’eux. Les Compagnons sont la première génération des salaf, et ils divergeaient entre eux dans l’exégèse. Ils étaient plus à même de savoir si leur compréhension constituait une preuve que les salafies contemporains comme le cheikh al-Albânî et autres.
On ne peut pas dire : « Les Compagnons ne sont pas salaf les uns pour les autres, mais seulement pour ceux qui sont venus après eux ; il incombe donc à ceux qui sont venus après, comme les tâbi‘în, d’argumenter par leurs paroles et leur compréhension. » Car nous répondons : les tâbi‘în aussi ont divergé des Compagnons dans la compréhension du Livre et de la Sunna.
Un simple regard dans le tafsîr d’al-Ṭabarî, par exemple, en comparant l’exégèse d’Ibn ‘Abbâs avec celle des tâbi‘în — notamment ses élèves comme Qatâdah, Sa‘îd ibn Jubayr et Mujâhid — montre de nombreuses divergences entre l’interprétation d’Ibn ‘Abbâs et celle de ses élèves parmi les tâbi‘în. Si l’exégèse d’Ibn ‘Abbâs était une preuve en soi du fait qu’il fait partie des salaf, ses élèves ne l’auraient pas contredit, puisqu’il est leur salaf.
Il est possible que nous mentionnions ultérieurement quelques exemples des divergences des salaf dans l’exégèse. Si vous dites : « L’exégèse des Compagnons ou des tâbi‘în fait autorité pour ceux qui viennent après eux lorsqu’ils sont unanimes, mais pas lorsqu’ils divergent », nous répondons : cela revient de votre part à vous en remettre au consensus (ijmâ‘), et sur ce point nous ne vous contredisons pas.
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