1
L’exigence de preuve — une innovation blâmable
Parmi les innovations les plus dangereuses engendrées par la diffusion de la pensée pseudo-salafiste parmi le commun des gens — et je parle ici du commun, non du cadre de l’enseignement avec les étudiants — il y a le fait que l’individu ordinaire, dès qu’on lui parle d’une quelconque question, exige une preuve pour ce qu’on avance.
Or tant le mufti que le demandeur de fatwa sont tous deux des muqallid, et le taqlid, tel qu’établi en usul al-fiqh, c’est « accepter la parole d’autrui sans exiger de preuve ».
2
L’ancienne pratique des fidèles
Autrefois, avant la propagation des innovations des pseudo-salafistes, les gens se contentaient pleinement du fait que telle était l’opinion de tel cheikh ou de tel savant, en raison de la confiance qu’ils lui accordaient. Et s’ils s’élevaient vers le sommet des savants, leur plafond était Malik, Abu Hanifa et les autres imams des quatre écoles.
3
La réduction arbitraire des sources du droit
Puis ils ont réduit « la preuve » au seul Coran et à la seule Sunna, négligeant délibérément toutes les autres sources reconnues par les usul al-fiqh : l’ijma’ (consensus), le qiyas (analogie), l’urf (coutume), l’istihsan (préférence juridique), la maslaha mursala (intérêt général), la pratique des gens de Médine, et tout ce que les livres d’usul ont établi à ce sujet.
4
Le savoir ne se réduit pas à la preuve
Ils ont fait croire à la masse que le savoir se résumait à la simple récitation d’un verset ou à la citation d’un hadith. Or la vérité est que la preuve ne représente qu’un tiers du savoir.
Le deuxième tiers, ce sont les méthodes de compréhension et d’extraction des règles : le rassemblement des preuves, le général et le particulier, l’absolu et le restreint, l’abrogeant et l’abrogé, le muhkam et le mutashabih, les niveaux de signification entre obligation, recommandation et préférence — tout ce que les savants ont rassemblé dans la science d’usul al-fiqh.
Le troisième tiers, c’est la condition du savant lui-même et les sciences et aptitudes en matière d’extraction des règles qu’il doit posséder.
5
Les conséquences — le déchirement du savoir
Le résultat de tout cela a été le déchirement du savoir, l’isolation des preuves de leurs méthodes de compréhension, et l’ouverture de la voie à tout intrus armé d’une compréhension naïve pour s’attaquer aux grands imams mujtahidin, les mépriser et rabaisser leur valeur, sous prétexte de :
« Ils sont des hommes et nous sommes des hommes » — « le fiqh de la Sunna » — « le fiqh du Coran et de la Sunna »
Il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah le Très-Haut, le Très-Grand.