Le versement de la Zakat al-Fitr en argent (valeur monétaire)
C’est la position adoptée par l’école Hanafite, mais aussi par de grandes figures comme Abou Ishaq al-Sabi’i, Al-Hasan al-Basri, le calife Umar ibn Abd al-Aziz, Al-Thawri et l’imam Al-Bukhari. C’est également l’avis d’Abou Ishaq ibn Rahwayh (le maître d’Al-Bukhari), d’Abou Thawr, d’Ibn Taymiyya, et l’une des deux opinions rapportées de l’imam Ahmad ibn Hanbal.
Dans les Choix juridiques d’Ibn Taymiyya rédigés par Ibn al-Qayyim, il est écrit :
« Il est permis de verser la valeur monétaire pour la Zakat des biens et la Zakat al-Fitr si cela est plus utile aux nécessiteux. »
Ibn Abd al-Hadi, élève d’Ibn Taymiyya, confirme cette vision en précisant que le versement en valeur est autorisé en cas de besoin ou d’intérêt supérieur (maslaha). De même, le juriste hanbalite Al-Ba’li explique qu’on peut s’écarter de la forme initiale (la nourriture) pour la valeur si l’utilité est prouvée.
Abou Ishaq ibn Rahwayh (l’un des grands imams de l’époque des Suivants) a témoigné :
« Je les ai connus [les anciens] alors qu’ils s’acquittaient de la charité du Ramadan en dirhams, selon la valeur de la nourriture. » (Rapporté par Ibn Abi Shayba).
Les arguments avancés :
- L’absence d’interdiction formelle : Rien dans les paroles du Prophète ﷺ ou des Compagnons n’interdit explicitement de donner la valeur. Les hadiths listant des aliments (orge, dattes…) ne sont pas limitatifs. La preuve ? Les Compagnons ont autorisé le blé alors qu’il n’était pas mentionné initialement, car ils estimaient que sa valeur était équivalente. Mu’awiya disait d’ailleurs : « Je considère que deux mesures de blé de Syrie valent une mesure de dattes. » Ils raisonnaient donc déjà en termes de valeur.
- L’objectif social : Le Prophète ﷺ a dit : « Épargnez-leur [aux pauvres] de mendier en ce jour. » Or, cet objectif est atteint aussi bien avec de l’argent qu’avec de la nourriture. Parfois, l’argent est même bien plus utile. On voit souvent des pauvres revendre la nourriture qu’on leur donne à bas prix dès le lendemain : au final, ils perdent sur les deux tableaux, n’ayant ni profité de l’aliment, ni obtenu la vraie valeur de la Zakat.
- La preuve historique de Mou’adh ibn Jabal : L’imam Al-Nawawi rapporte que lorsque Mou’adh était au Yémen, il disait aux habitants : « Apportez-moi des vêtements ou des tissus en guise de Zakat à la place de l’orge et du maïs. C’est plus simple pour vous, et plus utile pour les Compagnons à Médine. » Ce récit, cité par Al-Bukhari, montre bien qu’on peut substituer une denrée par une autre ou par sa valeur.
Aujourd’hui, cet avis est largement respecté. Il est soutenu par de nombreux comités de fatwa à travers le monde musulman et par des savants reconnus comme le Cheikh Al-Mutlaq, le Cheikh Abdul Wahab Abu Suleiman ou encore le Cheikh Qays Al-Moubarak, qui affirment que verser la Zakat en argent est souvent ce qu’il y a de plus bénéfique pour le pauvre de nos jours.