1 — Éloge des grands maîtres (Majmūʿ al-Fatāwā 11/18)
Ibn Taymiyya, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit :
« Ces grands maîtres sont les guides des gens, comme : Ibrāhīm ibn Adham, Abū Sulaymān al-Dārānī, Maʿrūf al-Karkhī, al-Fuḍayl ibn ʿIyāḍ, al-Sarī al-Saqaṭī, al-Junayd ibn Muḥammad, et d’autres parmi les anciens. Et de même le shaykh ʿAbd al-Qādir [al-Jīlānī], le shaykh Ḥammād, le shaykh Abū al-Bayān, et d’autres parmi les plus récents. Ces maîtres reconnus par la communauté n’autorisent pas au cheminant de sortir du commandement d’Allah et de Son Messager. »
2 — Les trois catégories de soufis (11/16-19)
« Les soufis qui sont les gens des réalités spirituelles se divisent en trois catégories :
- Les soufis des réalités (ṣūfiyyat al-ḥaqāʾiq) : ce sont ceux qui ont été décrits [comme étant véritablement spirituels].
- Les soufis des dotations (ṣūfiyyat al-arzāq) : ce sont ceux à qui sont destinés les biens de mainmorte, comme les habitants des couvents (khawānik)… Il n’est pas exigé d’eux qu’ils soient des gens des réalités, car cela est rare et précieux ; il est seulement exigé d’eux la probité requise pour être témoin.
- Les soufis de la forme (ṣūfiyyat al-rasm) : ce sont ceux qui se contentent de l’apparence ; leur préoccupation se limite au vêtement et aux convenances extérieures. »
Il distingua ensuite fermement la première catégorie de la troisième, en disant que c’est la première qui est louable.
3 — Parmi eux figurent le véridique, le martyr et le vertueux (11/19)
« Parmi eux — c’est-à-dire les soufis — il y a les devanciers rapprochés (al-sābiqūn al-muqarrabūn) selon la mesure de leur effort, comme il y a parmi eux le tempéré qui appartient aux gens de la droite. L’un et l’autre groupe sont sujets à l’effort interprétatif qui peut errer ou viser juste ; et parmi eux, certains commettent un péché puis se repentent, ou ne se repentent pas… Mais d’une manière générale, ils comptent parmi les gens les plus éminents en ce domaine. »
4 — Le soufisme authentique est fondé sur le Coran et la Sunna (11/28)
« Le terme de pauvreté (faqr) et de soufisme (taṣawwuf) recouvre des choses qu’Allah et Son Messager aiment ; celles-ci sont donc prescrites, même si on les nomme « pauvreté » ou « soufisme »… comme les œuvres du cœur : le repentir, la patience, la gratitude, la satisfaction, la crainte, l’espérance, l’amour ; et les nobles caractères tels que préférer autrui à soi-même, le bon comportement, et la patience face au tort subi. »
5 — Al-Junayd, imam et modèle (al-Fatāwā al-Kubrā 2/452 ; et de même au tome 11)
« Al-Junayd, qu’Allah l’agrée, fut l’un des imams de la guidance, et l’un des maîtres de cette voie (ṭāʾifa). Sa voie est une voie correcte, conforme à la Sunna : il ordonne de suivre le Livre et la Sunna, et interdit de s’en écarter. »
6 — Le renoncement et l’adoration parmi les fondements de l’islam (11/16)
« Lorsque l’homme aime une chose — fût-elle licite — elle finit par l’asservir… Or le renoncement à ce monde (al-zuhd fī al-dunyā) relève des œuvres du cœur. Et c’est là le fondement du véritable soufisme, dont aucun musulman ne peut se passer dans son principe. »
7 — La complémentarité entre juristes et soufis (env. 11/28)
Ibn Taymiyya affirme clairement que la jurisprudence (fiqh) et le soufisme (taṣawwuf) sont deux disciplines jumelles dont aucune ne peut se passer de l’autre : la jurisprudence régit l’extérieur par la Loi sacrée, et le soufisme purifie l’intérieur par les nobles caractères et les œuvres du cœur.