Bidāyat al-Mujtahid wa Nihāyat al-Muqtaṣid)
d’Ibn Rushd
Ce qui fait consensus
Les savants sont unanimes sur le fait que le tayammum est permis à deux catégories de personnes : le malade et le voyageur, lorsqu’ils ne trouvent pas d’eau.
Les quatre cas de divergence
Les savants ont cependant divergé sur quatre situations :
1 — Le malade qui trouve de l’eau mais craint de l’utiliser. La majorité des savants autorise le tayammum pour lui. ʿAṭāʾ, en revanche, a dit : ni le malade ni quiconque d’autre ne peut faire le tayammum s’il trouve de l’eau.
2 — Le résident (non voyageur) en bonne santé qui ne trouve pas d’eau. Mālik et al-Shāfiʿī ont jugé le tayammum permis pour lui, tandis qu’Abū Ḥanīfa a dit : le tayammum n’est pas permis au résident en bonne santé, même s’il ne trouve pas d’eau.
3 — Le voyageur en bonne santé qui trouve de l’eau mais qu’un danger empêche d’y accéder. La majorité l’a autorisé, mais la plupart d’entre eux lui ont imposé de refaire la prière lorsqu’il trouve de l’eau.
4 — Celui qui craint d’utiliser l’eau à cause du froid intense. De même, la majorité l’a autorisé, selon le même raisonnement que pour le malade.
Les causes profondes de ces divergences
Le malade qui craint l’utilisation de l’eau
La divergence repose sur l’analyse grammaticale du verset :
{وَإِنْ كُنْتُمْ مَرْضَى أَوْ عَلَى سَفَرٍ … فَلَمْ تَجِدُوا مَاءً} « Si vous êtes malades ou en voyage … et que vous ne trouvez pas d’eau » (an-Nisāʾ, 43)
Ceux qui estiment qu’il y a un terme sous-entendu dans le verset — c’est-à-dire que le sens serait : « si vous êtes malades et incapables d’utiliser l’eau » — et que le pronom dans « vous ne trouvez pas d’eau » se rapporte uniquement au voyageur, ont autorisé le tayammum au malade qui craint l’utilisation de l’eau.
Ceux qui estiment que le pronom se rapporte à la fois au malade et au voyageur, sans rien de sous-entendu, n’ont pas autorisé le tayammum au malade qui trouve de l’eau.
Le résident qui ne trouve pas d’eau
La divergence porte sur le retour du pronom dans « vous ne trouvez pas d’eau » : se rapporte-t-il à toutes les catégories de personnes en état d’impureté — résidents et voyageurs — ou aux voyageurs seulement ?
Ceux qui l’ont rapporté à l’ensemble des personnes en état d’impureté ont autorisé le tayammum au résident. Ceux qui l’ont rapporté aux seuls voyageurs — ou aux malades et voyageurs — ne l’ont pas autorisé au résident privé d’eau.
Celui qu’un danger empêche d’accéder à l’eau
La divergence repose sur le raisonnement par analogie (qiyās) : peut-on l’assimiler à celui qui ne trouve pas d’eau du tout ?
Celui qui craint le froid intense de l’eau
La divergence repose également sur l’analogie avec le malade qui craint d’utiliser l’eau. Ceux qui autorisent le tayammum au malade ont renforcé leur position par deux arguments tirés de la Sunna :
Le hadith de Jābir concernant le blessé à qui l’on a ordonné de se laver et qui en est mort. Le Prophète ﷺ a alors autorisé pour lui le simple essuyage et a dit : « Ils l’ont tué, qu’Allah les tue ! »
Ils ont également renforcé l’analogie du bien-portant qui craint le froid par le récit de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ : il se trouva en état de grande impureté (janāba) lors d’une nuit très froide.
Il fit alors le tayammum et récita la parole d’Allah : {وَلَا تَقْتُلُوا أَنْفُسَكُمْ إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِكُمْ رَحِيمًا} — « Ne vous tuez pas vous-mêmes, certes Allah est Miséricordieux envers vous » (an-Nisāʾ, 29). Lorsque cela fut rapporté au Prophète ﷺ, il ne le blâma pas.